Le savoir et ses frontières : de la fin de la recherche en art paléolithique

Ségolène LEPILLER

Résumé :
À l’opposé d’un programme scientifique qui chercherait à connaître l’art paléolithique, on s’interroge ici sur ce que nous ignorons dans l’art paléolithique, et plus exactement sur la manière de qualifier ce non-savoir. Les concepts d’absence, de défaut, de négation et de privation ne conviennent pas, car outre qu’ils sont trop radicaux, ils ne rendent pas compte de l’expérience subjective d’étrangeté qui est l’une des origines de nos difficultés à connaître. Nous nous intéressons ainsi à deux figures du non-savoir : l’énigme et le mystère. L’énigme interpelle le sujet qui le reçoit ; elle renvoie à quelque chose de très important, mais sa solution est finalement banale. À cet égard, l’art paléolithique est énigmatique ; les questions que nous nous posons à son sujet peuvent parfois trouver des réponses scientifiques, mais elles ont des prolongements plus personnels et leurs solutions ne nous suffisent pas. À l’inverse, l’horizon d’attente créé par le mystère est son creusement plutôt que sa solution. Le concept de je-ne-sais-quoi pensé par Jankélévitch peut ainsi servir à comprendre pourquoi l’art paléolithique échappe fondamentalement au savoir.
Mots-clés : art paléolithique, non-savoir, énigme, mystère

Abstract:
The Boundaries of Knowledge: The Challenges Faced by Palaeolithic Researches
In contrast with all scientific research aiming at probing all there is to know about Palaeolithic art, the writer of this article examines what remains unknown about that form of art, and more precisely raises the issue of what words should be used to define what is out of the scope of archaeologists. The concepts of absence, lack, negation and shortage seem hardly fitting, for they are too radical and fail to do justice to the subjective experience of otherness which makes it so challenging to know everything about the issue of Palaeolithic art. Therefore, it may make more sense to focus on two aspects/dimensions of not knowing, those of enigma and mystery. An enigma is compelling for those who want to solve it, as it may have important stakes, but its answer is eventually mundane. Thus, Palaeolithic art can be considered as enigmatic, for it raises questions that can sometimes be solved with scientific methods. Nevertheless, they trigger off many other, more personal issues, which the answers only given by science hardly seem to address. On the other hand, a mystery challenges everyone to dig deeper into it, not to solve it. Jankélévitch’s concept of ‘je ne sais quoi’ (that hint of something I can’t name) may thus prove useful to understand why Palaeolithic remains essentially out of the grasp of exhaustive knowledge.
Keywords : Palaeolithic art, lack of knowledge, enigma, mystery