En prison, marquer les murs ou le corps comme acte de liberté

Philippe HAMEAU et Florent SARNETTE

Résumé :
Un anthropologue et un psychologue clinicien abordent l’écriture en milieu carcéral en fonction des terrains auxquels ils sont confrontés : les graffiti muraux pour le premier, les scarifications pour le second. Ils confrontent l’endommagement des murs et la mutilation des corps, depuis une écriture qui favorise la résilience jusqu’à l’atteinte au corps qui ne la permet pas. Sur les murs s’opèrent des rituels, à la fois d’intégration au groupe des détenus et de résistance à l’administration. Les mutilations s’avèrent d’impossibles adresses à l’Autre, un Autre qui reste sourd à cet appel par et à travers le corps. Alors l’acte d’automutilation devient un acte d’élévation d’une jouissance jusqu’à sa mise en suspens, dans l’espoir que la souffrance sous-jacente vienne à s’estomper : vaine tentative dans un lieu où le corps est soumis avant tout à une logique administrative.
Mots-clés : prison, graffiti, scarification, corps, automutilation

Abstract
An anthropologist and a clinical psychologist approach prison writing based on the terrains they face : wall graffiti for the first researcher, scarifications for the second one. They confront the damage to the walls and the mutilation of the bodies, until a writing that promotes resilience to the damage to the body that does not allow it. On the walls, there are rituals, both of an integration into the group of inmates and of resistance to the administration. Mutilations turn out to be impossible addresses to the Other, an Other who remains deaf to this call by and through the body. Then the act of self-harm becomes an act of elevation of enjoyment until it is put on hold, in the hope that the underlying suffering will fade away : a vain attempt in place where the body is subject above all to by administrative logic.